IA, cybersécurité et souveraineté : le CAFRAD au cœur des réflexions stratégiques

Synthèse des travaux
Thème du colloque international : Intelligence artificielle et cybersécurité : enjeux et perspectives.
Date: le 26 mars 2026.
Lieu: École nationale de commerce et de gestion – Kénitra.
Organisateurs :
CAFRAD, ENCGK et les institutions partenaires ont organisées en coordination avec, le Centre des Etudes Internationales de Sécurités, de Migrations et des Flux – CEISMF.
1- Contexte général :
Dans un contexte marqué par l’intensification de la transformation numérique, l’intelligence artificielle s’affirme désormais comme un instrument stratégique incontournable dans le domaine de la cybersécurité. « Des acteurs privés deviennent plus puissants que des États, ce qui remet en cause le principe fondamental de la géopolitique classique: l’État comme acteur central et souverain des relations internationales. », il a cité CG Marouane Hejjouji. L’IA redéfinit la cyber-conflictualité : automatisation des attaques, détection prédictive, protection des infrastructures critiques. Par conséquence, le cyberespace n’a pas de frontières physiques, la maîtrise du cyberespace s’impose comme un attribut fondamental de la souveraineté étatique contemporaine. Évidemment que la cybersécurité devient donc la nouvelle muraille de l’État moderne. En effet, le Centre Africain de Formation et de Recherche Administratives pour le développement (CAFRAD), en tant qu’institution panafricaine de référence, joue un rôle structurant dans la promotion des dynamiques interinstitutionnelles. Il s’engage activement dans la consolidation des processus de transition et de modernisation administratives, en les orientant vers une transformation numérique maîtrisée et souveraine. Il importe de souligner que le 26 mars 2026, le CAFRAD en sa qualité de coorganisateur de ce colloque international, a été représenté par Son Excellence le Docteur Coffi Dieudonné Assouvi, Directeur Général, invité d’honneur et intervenant, accompagné de sa délégation.
2- Dimension académique stratégique :
Ce colloque a ainsi constitué un espace de réflexion de haut niveau, favorisant la convergence entre les approches théoriques et les réalités opérationnelles. Plusieurs représentants institutionnels et académiques ont pris part à cette rencontre et ont partagé leur expertise à travers leurs interventions.
Lors de la session d’ouverture, le Directeur Général du CAFRAD a prononcé un discours inaugural, débutant par des remerciements adressés aux organisateurs ainsi qu’à l’ensemble des participants. Il a notamment souligné que « la dimension de la recherche occupe une place centrale dans les actions royales », mettant en évidence l’importance stratégique de la production de savoirs dans les dynamiques de développement. Cette session a été enrichie par l’intervention du Professeur Touab Omar, qui a attiré l’attention sur les enjeux liés à l’intelligence artificielle, en soulignant qu’elle peut constituer un outil à la fois stratégique et potentiellement risqué pour les infrastructures territoriales. Il a également insisté sur la nécessité d’anticiper les cybermenaces, affirmant que « pour se prémunir contre la cybercriminalité, il est essentiel de s’attendre à l’incident », tout en appelant les usagers à une vigilance accrue.
Par ailleurs, le Professeur Aziz Moutahaddib a rappelé, dans une perspective géopolitique et informationnelle, que « celui qui détient l’information détient le pouvoir », soulignant ainsi le rôle central de la maîtrise de l’information dans les rapports de force contemporains.
3- Points récapitulatifs des interventions :
Le déroulement des interventions a permis aux panelistes, notamment:
- Le Docteur Coffi Dieudonné Assouvi, Directeur Général du CAFRAD, de décortiquer les enjeux profonds liés aux cryptomonnaies et aux crypto crimes, sous le thème : « Les crypto crimes : vers un cyber droit pénal spécial ». À cet effet, il a consolidé son argumentaire en s’appuyant sur un extrait du Message adressé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, aux participants aux Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, tenues le vendredi 13 octobre 2023. Il a également mis en lumière les défis majeurs auxquels font face les États en matière d’intelligence artificielle et de numérique, notamment le manque d’autonomie ainsi que l’insuffisance d’harmonisation des cadres juridiques. Dans cette perspective, il a proposé une réflexion autour de la structuration d’un « code pénal intelligent », en lien avec les dynamiques émergentes du business des cryptomonnaies. Le Directeur Général a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de se positionner comme un acteur pionnier, affirmant que « l’Afrique doit être pionnière pour inspirer les autres ».
- Le Professeur Marouane Hejjouji, Contrôleur général, a mis en évidence le dispositif mis en place par le Royaume en matière de lutte contre la cryptocriminalité plateforme (E-Blagh), tout en soulignant les efforts déployés dans ce domaine. À cet égard, il a soulevé une interrogation colossale relative à la capacité des États à protéger leur souveraineté, en ces termes : « cette souveraineté peut-elle réellement être protégée ? ». Il a par ailleurs encadré son intervention en affirmant que « l’on ne peut jamais contrecarrer ce type d’obstacles sans partage et sans collaboration », insistant ainsi sur la nécessité d’une approche collective.
- Pour sa part, le Professeur Abderazak Kabbouri a identifié trois éléments fondamentaux permettant à un État de se considérer comme souverain sur le plan numérique. Il a notamment souligné l’importance de disposer d’infrastructures adéquates, de capacités en intelligence artificielle (IA) et de dispositifs robustes en matière de cybersécurité.
Les interrogations soulevées ont contribué à intensifier les débats, notamment autour de la problématique formulée par le Contrôleur général : « Dans quelle mesure l’intelligence artificielle et la cybersécurité reconfigurent-elles les fondements de la puissance et de l’influence dans les relations internationales, et quelles recompositions induisent-elles dans les hiérarchies de l’ordre mondial ? ».
- Dans cette dynamique, le Professeur Rida Jlil a mis en lumière les enjeux géopolitiques de l’intelligence artificielle, envisagée à la fois comme un levier de puissance, un outil de cybersécurité et un facteur de recomposition de l’ordre mondial. Il a particulièrement insisté sur l’importance des ressources humaines qualifiées, en mobilisant la célèbre formule de Francis Bacon, « knowledge is power », tout en introduisant une analogie conceptuelle, qualifiée de « théorie de l’eau ». Par ailleurs, il a opéré une distinction analytique entre transition numérique et transformation numérique, en soulignant que la première renvoie à un processus d’adaptation progressive, tandis que la seconde implique une reconfiguration structurelle des systèmes. Enfin, il a posé une interrogation centrale : comment les États peuvent-ils renforcer leur souveraineté numérique sans rompre avec leur recomposition ?
4- Résumé du colloque :
Les échanges ont permis de croiser les approches théoriques et opérationnelles autour de thématiques majeures telles que les crypto crimes, la souveraineté numérique, la cybersécurité et la géopolitique de l’intelligence artificielle. Par ailleurs, le colloque a mis en exergue l’importance du capital humain et de la maîtrise de l’information comme facteurs déterminants de puissance.
En définitive, cette rencontre a confirmé que la cybersécurité constitue désormais une dimension essentielle de la gouvernance contemporaine et que l’Afrique est appelée à se positionner comme un acteur pionnier dans la construction de modèles numériques souverains, adaptés à ses réalités et à ses ambitions stratégiques.



